Projet sur le cancer du pancréas

Projets adultes

Chercheurs qui dirigent le projet: Dr. Mariano Barbacid

Centre où il est développé:Centro Nacional de Investigaciones Oncológicas (CNIO), Madrid, Espagne.

 

Contexte: 

L’adénocarcinome canalaire du pancréas est un type de tumeur qui représente 90 % des tumeurs malignes du pancréas. Il constitue un défi médical énorme pour différentes raisons. D’une part il s’agit de l’une des tumeurs les plus agressives et dont la progression est la plus rapide, ce qui signifie que, malheureusement, 95 % des patients en décèdent. D’autre part, son diagnostic est généralement tardif et comme il n’existe pas de traitements efficaces, la mortalité est très élevée. C’est pourquoi il s’agit de la troisième tumeur la plus mortelle en Espagne et on estime à 7120 le nombre prévu de décès en 2020 de patients du cancer du pancréas. 

Même si les traitements contre le cancer ont beaucoup progressé au cours de ces dernières années, les traitements utilisés habituellement contre ce cancer s’appuient toujours sur une spécificité réduite et des effets secondaires considérables. 

 

Description du projet: 

On sait depuis longtemps que la plupart des tumeurs du pancréas commencent par des mutations de la protéine qui contrôle de nombreux processus cellulaires appelée K-Ras. Il s’agit de la première étape d’un processus qui se poursuit par l’accumulation d’autres mutations qui transforment les cellules pancréatiques en cellules tumorales. Cela pourrait laisser penser qu’un traitement contre K-Ras pourrait contribuer à enrayer le cancer du pancréas, mais le problème est que, du moins à l’heure actuelle, il n’est pas possible de cibler K-Ras avec des médicaments. Cependant, Ras régit le fonctionnement d’autres protéines. Une stratégie envisageable consisterait donc à s’efforcer de bloquer ces autres protéines pour empêcher le développement des tumeurs. 

Mais ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Selon cette hypothèse, il faudrait chercher des traitements qui ciblent les protéines qui :

  • Sont régulées et dirigées par Ras
  • Si nous les retirons ou nous les déconnectons, les tumeurs cessent de se développer
  • Si nous les retirons ou nous les déconnectons, les cellules saines survivent

 

Après des années de travaux intenses, le groupe du Dr Barbacid a trouvé deux protéines qui répondent à ces critères : Raf1 et EGFR. Ils ont pu montrer sur des modèles de laboratoire que si ces protéines étaient éliminées simultanément, la moitié des tumeurs pancréatiques ne se développaient plus. 

Ces fantastiques résultats sont encourageants car ils suggèrent que les traitements contre EGFR et Raf1 pourraient être efficaces pour les patients souffrant de cancer du pancréas. Mais ils posent en même temps une série de questions. Tout d’abord, une protéine peut être importante soit par sa seule présence (car elle peut soutenir d’autres éléments cellulaires), soit par son activité (en modifiant d’autres éléments cellulaires). Les tumeurs sans Raf1 et EGFR sont-elles réduites par l’absence de ces protéines ou parce qu’elles ne sont pas actives ? Cette différence est subtile mais importante : Il est relativement simple d’éliminer l’activité d’une protéine mais il est plus compliqué de la détruire avec des médicaments (bien que ce soit possible). 

Une autre question qui se pose est celle de la présence d’autres protéines liées à Ras et qui pourraient être attaquées par des traitements. Enfin, nous avons dit que, sur des modèles en laboratoire, l’élimination des EGFR et Raf1 est efficace contre la moitié des tumeurs. Qu’en est-il de l’autre moitié ? Quelles protéines pourrait-on attaquer avec des médicaments ?

C’est à toutes ces questions que cherche à répondre l’ambitieux projet soutenu par CRIS « Identification et validation de nouvelles cibles thérapeutiques » du Dr Barbacid. 

 

Objectif du projet:

  • Vérifier sur des modèles en laboratoire ce qui entraîne la disparition des tumeurs lorsqu’on élimine EGFR et Raf1 : L’élimination complète ? Ou uniquement l’absence d’activité de leur part ? 
    • Si les tumeurs ont seulement besoin de l’activité de ces protéines, il s’agira de travailler au développement de médicaments appropriés.
    • Si les tumeurs exigent la présence complète de la protéine, il s’agira de travailler sur des stratégies thérapeutiques visant à dégrader spécifiquement ces protéines sur les tumeurs des patients.
  • En parallèle, une étude similaire sera menée avec d’autres protéines qui sont contrôlées par Ras. L’accent sera mis sur des protéines appelées PI3K et CDK4.
  • Enfin, pour les tumeurs qui progressent même en l’absence de EGFR et RAF1, un screening sera réalisé pour rechercher de nouvelles cibles à traiter. 

En bref, il s’agit d’un projet de grande envergure, qui pourrait constituer l’un des paris les plus importants pour trouver de nouvelles thérapies contre un type de cancer qui a aujourd’hui un impact énorme sur les patients.